La conférence Résister à l’Empire — Promouvoir la paix — Les Églises face à l’idéologie du « Monde russe » organisée par la Conférence des Églises européennes (CEC) en partenariat avec ses Églises membres en Finlande s’est ouverte à Helsinki, lundi 1er décembre, sous un regard bien particulier.
Alors que la centaine de participants, venant de toute l’Europe, s’apprête à débattre des fondements théologiques parfois brandis par l’Église orthodoxe de Russie et son patriarche, Kyrill, pour justifier la guerre d’agression que Moscou livre depuis près de quatre ans en Ukraine, une exposition était disposée pour les accueillir dans la salle plénière de l’Hôtel Arthur d’Helsinki qui abrite leurs échanges pendant trois jours.
Cinq icônes contemporaines avaient été transportées sur place par l’Ambassade d’Ukraine en Finlande qui les accueille actuellement pour être présentées aux représentants d’Églises et théologiens chargés de réfléchir à l’articulation entre le discours théologique des uns et la volonté hégémonique et impérialiste des autres, et aux résistances possibles face à ces discours. Des icônes dans des boîtes de munitions est un projet artistique mené depuis le printemps 2015 par trois artistes ukrainiens, Sonya Atlantova, Oleksandr Klymenko et Herman Klymenko. Les trois artistes ont récupéré, sur le front ukrainien, du bois provenant de coffres servant au transport de munitions pour en faire le support d’icônes de la Theotokos, peintes dans un style traditionnel ukrainien.
Se retrouvent ainsi mêlés projet culturel et dimension spirituelle, symbole de mort et représentation par excellence de la Vie elle-même, dans ces icônes de la Vierge à l’enfant, trésor de la culture orthodoxe. Initialement dédiées aux milliers d’enfants ukrainiens détenus par les autorités russes depuis le début du conflit dans le Donbass en 2013, ces icônes soulignent, pour les trois artistes, depuis l’invasion de février 2022 « non seulement l’enlèvement des enfants, mais le kidnapping à grande échelle, non par quelques individus ou de petits groupes, mais par une nation tout entière ».
L’exposition qui a déjà circulé dans plus de 130 villes à travers 25 pays éclairera sans aucun doute les discussions à Helsinki, nous seulement sur la réalité de la guerre qui sévit sur le territoire européen, mais aussi dans le signe d’espérance qu’elle manifeste.
Gérald Machabert,
Pastor of the Union of Protestant Churches of Alsace and Lorraine